RYAN AIR MARSEILLE, VOL AU DESSUS D’UN NID DE COCUS ?

En France, « ce vieux pays, ce vieux continent  » , comme l’a dit le meilleur ami de Sarko il y a quelques années à l’ONU, il y a des lois qui en principe sont les mêmes pour tous, une justice indépendante pour les faire respecter, et des parlementaires élus démocratiquement pour les voter. Evidemment, aujourd’hui tout ça fait un peu ringard. Surtout pour Michael O’Leary, le roi du Low Cost, le patron de RyanAir.
En moins de 10 ans,  ce golden boy irlandais de 49 ans, une des premières fortunes européennes, a révolutionné le transport aérien. Ce gros malin de Michael a su tirer profit de l’ouverture à la concurrence du paysage aérien en Europe pour attaquer les compagnies aériennes historiques, et leur piquer d’énormes parts de marché. Pendant trop longtemps, les  grandes compagnies ont vécu dans l’opulence et le confort de leurs monopoles. Sans jamais se remettre en question. Et puis, un jour, patatras, des concurrents sont arrivés, et ces compagnies ont du se défaire de leur morgue et de leur belle assurance.Elles ont du apprendre à se battre sur leur marché intérieur, et elles n’en avaient pas l’habitude. Les compagnies « low cost », comme Ryan Air, mais aussi EasyJet,plus malignes, plus dynamiques, moins chères , ont su attirer une nouvelle clientèle, méprisée jusqu’à lors par les grandes compagnies. Et à ce petit jeu Michael a été le plus fort.
En plus, les journalistes l’ ont toujours beaucoup aimé.C’est vrai que pendant ses conférences de presse, Michael a souvent la bonne sortie qui fera la une des journaux le lendemain : «  le consommateur européen ramperait nu sur du verre cassé pour avoir des billets pas chers », ou » Ryan Air Business Class have beds and free blow-jobs included » ( celle là, on vous laisse la traduire vous-même). Il a même du retirer il y a deux ans une affiche de pub, où l’on voyait Nicolas Sarkozy et Carla Bruni au début de leur rencontre, avec une accroche qui faisait dire à la future Madame Sarkozy : » avec Ryan Air, toute ma famille pourra venir assister à notre mariage ». Pas bien méchant, ni vraiment très drôle, mais l’avocat de Sarko a attaqué et O’Leary a du présenter ses excuses. Du coup tout le monde en a parlé. Bien joué. Beau buzz.
A côté de la pub gratuite, l’autre pilier de son business model, c’est la chasse aux subventions auprès des collectivités locales. Là c’est le champion du monde Michael. En France, il a su mettre en compétition les aéroports de province, en leur faisant miroiter les centaines de milliers de touristes qui allaient débarquer de ses beaux avions. Du coup, les collectivités locales et les Chambres de Commerce qui gèrent ces aéroports régionaux ont déployé le tapis rouge et surtout sorti le carnet de chèques pour accueillir Ryan Air.
Et puis quand la crise et les difficultés sur le transport aérien sont apparues, O’Leary n’a pas hésité à faire du quasi-chantage auprès de ces mêmes collectivités , pour qu ‘elles augmentent leurs subventions. Sinon, au revoir RyanAir et ses nombreux passagers. Beaucoup ont cédé, d’autres ont refusé, comme le Président du Conseil Général de Charente qui a dit non. Du coup, Ryan Air est parti de l’aéroport d’Angoulème. Good Bye, salut les ploucs. Il a fait la même chose à Strasbourg, où il les a planté là et est allé s’installer en face, de l’autre côté de la frontière à Baden-Baden, ruinant l’aéroport alsacien. Auf  Wiedersehen bande de minables.
Comme les autres villes, Marseille a fait des pieds ( paquets) et des mains pour faire venir leurs beaux boeings . Parce qu’évidemment Michael il aime bien les subventions françaises, mais moins ses avions, il préfère voler américain plutôt qu’acheter des Airbus. Jean-Noêl Guérini le Président PS du Conseil Général lui a néanmoins financé un bel aéroport tout neuf, spécialement adapté à son activité low-cost, à Marignane , le MP2, pour plusieurs dizaines de millions d’euros. Succès indiscutable en terme de retombées économiques. 1,7 millions de passagers par an qui procureraient 500 millions de retombées économiques annuelles, selon la Chambre de Commerce de Marseille Provence, gestionnaire de l’aéroport. Rien à dire de ce côté là.
Du coup, tous les décideurs locaux sont aujourd’hui terrifiés à l’idée que Ryan Air puisse quitter Marseille en octobre prochain, comme Michael vient d’en faire la menace lors d’une conférence de presse hier matin.

En effet, les syndicats de salariés d’Air France ,  qui vient au passage d’annoncerdes résultats catastrophiques, commencent à en avoir assez de voir des millions d’argent public aller remplir les poches d’un concurrent qu’ils jugent déloyal. Car chez Ryanair, même si ils ont installé une base à Marseille, les salariés  sont sous des contrats de travail irlandais. Ils bénéficient d’une législation sociale et d’une imposition bien plus favorable qu’ en France. Forcément, dans ces conditions c’est plus facile d’être « low cost ». Pour O’leary, tout ça est réglo,c’est la législation européenne qui prime sur nos lois, ce qu’ils font est donc tout à fait légal. Les lois françaises sont tellement rétrogrades, on est un vieux pays, bientôt mort. « business first » bande de ringardos.
Malheureusement pour notre ami irlandais, la justice française lui à jusqu’à présent toujours donné tort, elle s’appuie sur un décret du gouvernement français qui indique qu’un transporteur aérien doit se soumettre aux lois du pays dans lequel ses avions sont basés. Son concurrent EasyJet vient d’être condamné par les tribunaux français pour la même raison. Et comme le parquet d’Aix vient d’ouvrir une information judiciaire pour « travail dissimulé, prêt illicite de main d’oeuvre, emploi illicite de personnel navigant et entrave au fonctionnement du comité d’entreprise », Michael a vu orange, rouge, et a donc purement et simplement menacé de quitter Marseille si la justice devait aller plus loin dans ses investigations. Ce qui est en terme de chantage est quand même hallucinant. Mais c’est pas grave.Nos grands décideurs locaux ont sorti de grands communiqués de presse vengeurs. Pour hurler au chantage ?, non, non, pas du tout. Mais pour prendre la défense de ce sympathique chef d’entreprise irlandais, et contre les lois de la République et de la justice française. Le pauvre O’Leary contre les méchants juges et les horribles syndicats.
Que Jacques Pfister le Président de La Chambre de Commerce défende l’économie locale, le tourisme et son aéroport, on comprend, il est dans son rôle, c’est son job, il est payé pour ça. Mais que des élus locaux, comme Jean-Claude Gaudin, le Sénateur-Maire de Marseille, qui à ce titre vote les lois de la République, et dont ses amis au Gouvernement ont promulgué le fameux décret, et qui se doit normalement de défendre l’indépendance de la justice puisse se permettre de se dire « particulièrement choqué par les pressions exercées actuellement sur les dirigeants de la compagnie Ryanair » dans La Marseillaise ce matin, c’est quand même de la belle hypocrisie, pour rester poli. Le chantage à l’emploi à ses limites. Et là, elles sont largement dépassées. Mais comme le dit souvent Michael » je me fous que personne ne m’aime. Je ne suis pas un aérosexuel, je n’aime pas les avions, je n’ai jamais voulu être pilote, comme tous ces pelotons de types qui ont rendu cette industrie populaire ». Pour une fois on est bien d’accord avec toi Michael.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *